Lorsque nous aimons, nous mettons la main sur l'objet de notre amour. L'amour humain est possessif. L'homme rêve de posséder la femme. La femme possède ses enfants. Les enfants possèdent leurs jouets. Et chacun possède son mari, sa femme, ses enfants, sa voiture, son chien, son chat ou son castor, son terrain, sa maison...

Or dès que je possède, j'ai peur de perdre. Automatiquement ! Si un désir devient plaisir une fois réalisé, puis quasi immédiatement peur, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Je crois que mon bonheur dépend de ce que j'aime et donc de ce que je possède, et pourtant j'ai peur de perdre ce que je possède.

Ce n'est pas cela, être heureux. Car nous sommes encore et toujours dans la dualité, la dualité de deux émotions simultanées. Le bonheur est une constance, un état au-delà de toute dualité. Sinon, pourquoi chercher à être heureux ? Ce bonheur là est impossible, tout simplement.

Si je vous dis: aimer, c'est un état de liberté. Aimer, c'est laisser libre, c'est tout d'abord se respecter et ensuite respecter l'autre. Si je vous dis cela, un état de panique peut s'emparer de vous, sans même que vous vous en rendiez compte tant il est profond. Combien sommes-nous qui avons peur de nous engager car nous avons peur de perdre ? Alors on y va, certes, mais sur la pointe des pieds, jurant par tous les dieux de notre détachement, de notre sagesse ! Mais là encore, c'est une apparence de détachement par peur de perdre. Ca ne marche pas, tout simplement !

Je crois qu'il nous faut accepter l'idée que amour et souffrance vont de paire. Mais il ne s'agit pas de la souffrance due à la peur de perdre, mais à celle du "laisser libre". Aimer, c'est accepter que l'autre vive sa vie comme il/elle l'entend, que l'autre s'en aille ou revienne, que l'autre fasse ses expériences. Aimer, c'est être là, attentif-ve, présent-e, pour le cas où, et ne pas se sentir exclu-e ou frustré-e si l'autre se débrouille seul-e. Au contraire, cela peut être l'occasion d'un sentiment de fierté, de valorisation de l'autre.

Aimer, c'est aussi prendre soin de soi, accepter et montrer ses limites, ne pas toujours être là quand l'autre a besoin de soi, parce qu'on se respecte. Car aimer, c'est commencer par s'aimer soi-même, écouter ses besoins, ses envies, ses désirs. Suivre son chemin de vie, vivre ses rêves, sa mission de vie. Cela peut nécessiter de quitter qui vous rabaisse et de s'entourer de personnes plus à l'unisson, plus en accord vibratoire, de personnes qui élèvent.

L'amour humain est un amour émotionnel, voire une simple attirance sexuelle. L'attirance sexuelle est simplement la mise en route de la machine hormonale, destinée il fut un temps à la procréation afin d'assurer la survie de l'espèce. Dans le meilleur des cas, lorsqu'il n'est pas désir de possession mais de fusion, il peut amener une expérience spirituelle partagée. Il devient tantrique.

Pourquoi dans le meilleur des cas ? Peut-être parce qu'il est inutile de se dire plus évolués que nos petits frères les animaux si nous agissons comme eux. Nous ne sommes en réalité pas plus évolués. Nous tous avons des missions différentes sur cette planète. Donc nous avons développé des fonctions différentes.

Il en est de même pour ce qui est de l'émotionnel. Avons-nous vraiment intérêt à continuer à nous vautrer dans nos émotions, à nous y attacher ? Les accepter, certes, les vivre lorsqu'elles sont là, sans les refouler, bien sûr. Sans nous y complaire également.

Nous avons aussi une fonction spirituelle qui nous permet d'entrevoir - non avec le mental mais avec l'esprit - que l'amour peut être bien autre, plus équanime, plus universel.

Aimer sans attacher, sans s'attacher. Aimer l'autre comme la représentation de TOUS les autres, aimer son prochain comme soi-même. Envoyer l'énergie d'amour, comme le soleil qui illumine sans distinction. Aimer en sachant que l'autre et moi, c'est pareil. Aimer l'autre dans ses différences comme je m'aime dans mes différences intérieures.

Aimer l'autre sans interférer dans sa vie, sans ingérence, sans prise de pouvoir, sans possession.